Le Bénin a vécu, dans la matinée de ce dimanche 7 Décembre 2025, l’un des épisodes politiques les plus inattendus de son histoire récente. Un groupe de militaires a brièvement investi la télévision nationale, annonçant la destitution du président Patrice Talon, la suspension de la Constitution et la création d’un Comité Militaire pour la Refondation (CMR) dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri.

Pendant quelques minutes, le pays a retenu son souffle. Sur l’écran de la chaîne publique, les mutins proclamaient la fermeture des frontières, la dissolution des institutions et un changement brutal de gouvernance. Des coups de feu étaient signalés à proximité de la résidence présidentielle tandis que plusieurs axes stratégiques de Cotonou étaient bloqués.
Mais quelques heures plus tard, le gouvernement reprenait la main.
Un coup de force rapidement maîtrisé
Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, est rapidement apparu pour rassurer la nation : le “coup d’État” a été déjoué.

Selon lui, il s’agissait d’une mutinerie menée par un petit groupe de soldats, rapidement neutralisée par les forces loyalistes.
Une dizaine de militaires auraient été interpellés. Le signal de la télévision publique, coupé après l’apparition des mutins, a été rétabli dans la foulée.
Aucune annonce officielle n’a pour l’instant confirmé d’éventuelles pertes humaines, même si plusieurs témoins font état de tirs nourris aux abords du camp Guézo.
Pour l’exécutif béninois, le message est clair : la situation est désormais «sous contrôle».
Un choc national aux répercussions régionales
Que cette tentative ait échoué ne diminue en rien son impact. Le Bénin, cité depuis une décennie comme modèle démocratique en Afrique de l’Ouest, rejoint malgré lui la liste des États secoués par des insurrections militaires ces dernières années.
L’Union africaine et la CEDEAO ont fermement condamné la tentative de coup d’État, réaffirmant leur soutien aux institutions constitutionnelles du Bénin. Les ambassades étrangères ont, de leur côté, appelé leurs ressortissants à la prudence.

2025 : une année de turbulences politiques en Afrique
La tentative de coup d’État au Bénin intervient dans une année déjà marquée par plusieurs ruptures institutionnelles sur le continent.
• Madagascar – 12 octobre 2025
Le CAPSAT, une unité d’élite, renverse le président Andry Rajoelina après une vague de contestations populaires.
• Guinée-Bissau – 26 novembre 2025
L’armée destitue le président Umaro Sissoco Embaló à la veille d’une élection contestée.

Ces événements, différents dans leurs motivations, révèlent une même réalité :
la fragilité croissante des institutions africaines face aux pressions économiques, sociales et politiques.
Les motivations des mutins
Dans leur communiqué, les soldats béninois ont dénoncé :
- la dégradation de la situation sécuritaire au nord du pays ;
- le manque de soutien aux familles de militaires tombés au front ;
- des promotions jugées injustes ;
- un fossé grandissant entre gouvernants et gouvernés.
Autant de griefs qui trouvent un écho dans plusieurs armées africaines, prises entre exigences opérationnelles et frustrations internes.

Une tentative qui laisse des traces
Même si le pouvoir affirme avoir restauré l’ordre, plusieurs questions demeurent :
- Comment un groupe de soldats a-t-il pu accéder aussi facilement à la télévision nationale ?
- Y a-t-il eu des complicités au sein de l’armée ?
- Cette tentative est-elle le symptôme d’un malaise plus profond ?
- Quels impacts sur la présidentielle de 2026 ?
Pour les observateurs, un point ressort :
le Bénin n’est plus totalement à l’abri des vents de fragilité qui soufflent sur l’Afrique de l’Ouest.

Un risque de contagion politique dans la sous-région
La tentative béninoise inquiète les capitales ouest-africaines pour trois raisons majeures :
- Symbolique – Le Bénin était présenté comme un modèle institutionnel.
- Géopolitique – Elle élargit le “couloir des coups d’État”, du Sahel au Golfe de Guinée.
- Économique – Elle pourrait refroidir les investisseurs dans un contexte déjà fragile.

Pour finir…
Le Bénin sort secoué, mais pas renversé.
Cependant, cette tentative marque une rupture symbolique puisqu’elle démontre que même les États réputés stables peuvent vaciller en quelques heures.
À l’approche de l’élection présidentielle de 2026, le pays devra :
- restaurer la confiance ;
- renforcer la cohésion interne de son armée ;
- éviter toute dérive sécuritaire ou politique ;
- consolider un espace civique qui s’est fragilisé ces dernières années.









