Le Changement Climatique qui freine la lutte contre le Paludisme au Cameroun

Le Changement Climatique qui freine la lutte contre le Paludisme au Cameroun

  • Frank Parfait NAMEKONG
  • Published 2 weeks, 6 days ago
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Le Changement Climatique et le Paludisme sont les deux défis majeurs de notre génération. Ils affectent de manière disproportionnée les communautés les plus pauvres et les plus vulnérables dans le monde, mais en particulier en Afrique, et risquent de compromettre davantage encore le bien-être humain à l’avenir. Le Cameroun n’est pas à l’abri.

Le Paludisme est une maladie particulièrement sensible au climat, fortement influencée par les changements de température, les précipitations, ainsi que par la fréquence et la gravité des phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les orages et les inondations.

Le rapport annuel de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur le paludisme dans le monde en 2023, met en évidence la menace croissante que fait peser le changement climatique. Cette organisation en charge de la Santé Publique au niveau mondiale estime que le Changement Climatique entraînera 60 000 décès supplémentaires liés au paludisme entre 2030 et 2050, soit une augmentation de près de 15% du nombre total annuel de décès dus à cette maladie évitable. Ce qui fait de la prise en compte desdits changements dans les actions de lutte contre le Paludisme, un impératif. « Le changement climatique fait peser un risque majeur sur les progrès de la lutte contre le paludisme, en particulier dans les régions vulnérables. Il faut, plus que jamais, riposter au paludisme de façon pérenne et résiliente et associer à cette action des mesures urgentes visant à ralentir le rythme du réchauffement climatique et en atténuer les effets », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur Général de l’OMS.

Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur Général de l’OMS

Dans une approche Géostatistique et Économétrique, le Dr René Ramsès MEYONG a fait des recherches sur la Variabilité Climatique et Incidence Palustre au Cameroun. De ces travaux qui, ont eu pour échantillon 470 aires de santé réparties entre 35 districts, on retient que la dynamique de l’incidence palustre au Cameroun est significativement liée à celle des quantités de précipitations avec un retard allant d’un (01) à trois (03) mois, ainsi qu’à celle de l’humidité relative, des températures minimales et des températures maximales avec un retard allant d’un (01) à deux (02) mois.

Dr René Ramsès MEYONG

Cette recherche vient s’ajouter à celle de la Malaria Consortium dont les résultats ont été publiés en 2020 pour enrichir le champ des connaissances que nous avons sur le lien entre l’épidémiologie du paludisme au Cameroun et la variabilité du climat en prenant en compte les indicateurs tels que les précipitations et les températures qui peuvent avoir un impact à la fois direct et indirect sur la propagation des maladies à transmission vectorielle via leur incidence sur le cycle de vie des vecteurs et sur les agents pathogènes (parasites) qu’ils transportent.

Des températures plus chaudes peuvent accélérer le cycle de vie des moustiques Anophèles (le temps nécessaire pour qu’un œuf devienne un moustique adulte) et augmenter le taux de développement des parasites Plasmodium dans le vecteur en raccourcissant le temps nécessaire aux moustiques pour devenir infectieux et potentiellement augmenter les taux de transmission et de piqûres infectieuses. Des températures plus chaudes à des altitudes plus élevées pourraient également entraîner une expansion géographique du risque de transmission du paludisme (des épidémies dans des zones où la transmission était auparavant faible ou inexistante) et introduire la maladie dans des régions où la population présente une faible immunité.

De même, l’augmentation des précipitations et des phénomènes climatiques extrêmes tels que les inondations ou les sécheresses peut accroître le nombre et la portée des sites de reproduction des moustiques Anophèles et ainsi provoquer des épidémies de paludisme. L’humidité associée peut par ailleurs allonger la durée de vie de ces moustiques et, par conséquent, augmenter leur capacité de transmission de la maladie.

Tout ceci freine les efforts du Gouvernement ainsi que ceux de ses partenaire dans la lutte contre ce fléau qui selon Peter Sands, Directeur Exécutif du Fonds mondial, «tue un enfant chaque minute de chaque jour».

Peter Sands, Directeur Exécutif du Fonds mondial

Mais que faut-il faire maintenant ?

Le Cameroun fait partie des pays présentant la charge du paludisme la plus élevée en Afrique, même s’il n’est pas parmi les plus touchés par le changement climatique. Il fait aussi partie des 11 premiers pays qui ont adhéré à l’approche « D’une charge élevée à un fort impact » établie en 2018 par l’OMS et le Partenariat RBM. Ce qu’il lui faut selon les résultats de recherches de ces institutions, c’est « un basculement qui doit s’opérer dans la lutte contre le paludisme en y consacrant davantage de ressources, un engagement politique renforcé, des stratégies fondées sur des données et des outils innovants».

« Cette menace supplémentaire liée au climat exige de la riposte au Paludisme, qu’elle soit durable et résiliente et qu’elle aille dans le sens des efforts déployés pour réduire les effets du changement climatique. Il est donc essentiel de mobiliser l’ensemble de la société pour construire des approches intégrées». C’est dans ce contexte que les prévisions climatiques produites par l’Observatoire National sur les Changements Climatiques (ONACC), en vue de contribuer à une meilleure adaptation, et partagées avec les experts et décideurs du Ministère de la Santé Publique (MINSANTE), particulièrement à l’Observatoire National de la Santé Publique (ONSP) et du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) auront tous leurs sens car l’adaptation est avant tout, locale.

Ce billet a été réalisé dans le cadre du projet «Media for Climate Action», piloté par Actions For Development and Empowerment (ADE) avec l’appui technique et financier de l’Ambassade de France au Cameroun, de FSPI Transition Écologique et du Conseil Nouveau Sommet Afrique-France.

Le Changement Climatique et le Paludisme sont les deux défis majeurs de notre génération. Ils affectent de manière disproportionnée les communautés les plus pauvres et les plus vulnérables dans le monde, mais en particulier en Afrique, et risquent de compromettre davantage encore le bien-être humain à l’avenir. Le Cameroun n’est pas à l’abri.
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